Ce petit pan de mur blanc...

par Roland Buraud

Texte de Roland Buraud sur la peinture de François Bossière

“ Ce petit pan de mur ”... blanc

Ainsi ce serait ça, la Peinture. Le souvenir d’une table.

On aurait peint dessus. Posé les pots, les encres, les outils.
Il y aurait des taches, une protection, une enluminure, quelques traces de cire, ou de bougie, des bésicles, de l’épuisement, l’indécise couleur de la bure anonyme, pieuse à pleurer,
sainte à vomir.

Et puis le mur debout. L’élévation.
Le statut.

Comme cette série de singes se dressant dans l’imaginaire des hommes. Jusqu’au fier bipède, formant délibérément “ Tableau ” de l’évolution.

Ou plutôt ce serait ça, le Tableau.
La chute pariétale. Un taureau crevé par l’orgueil du peintre qui l’accroche au mur (voyez ce Bœuf de Rembrandt, cette Raie de Chardin) comme une offrande dérisoire aux Mannes chamanes, une image autant de la Paroi que du sujet lui-même.

Il faut alors creuser, lisser, faire et défaire la peinture, reprendre et s’épandre, gratter ce bout d’écran jusqu’au châssis, seule structure un peu certaine... avec le clou...

Dépeindre... Dépendre encore.

Mine de rien c’est de François que je parle.
Je l’ai vu travailler. Je l’ai vu de ses vieux murs de toile et d’huile, sédimentant l’Andalousie,
la Vallée des Merveilles, un pan de mer vertical vers L’Estaque, et, s’il fallait encore,
un portrait de jeune fille (les écoles, quoi...), trifouiller la mémoire, enfouir encore,
mais par dessus, l’ombre creuse de la table, le blanc de l’improbable plan frontal, insolent, tentant de fuir les lignes qui l’enfoncent, et qui nous disent : “ Je le tiens ”.

“ Fuir là-bas fuir ”... François lève l’encre.
Alors il y a la table. Le feutre lourd sous le papier de riz, les pots, quelques traces de cendre, les macules.
Une longue silhouette debout, penchée, nerveuse et fluide. Un bambou.

L’encre traverse, imprime le feutre.
Le feutre est ce qui reste du mur. Ce ne sera pas retenu.
L’empreinte n’est plus support. L’empreinte se délaisse ou s’abandonne.

Et s’abandonne au geste le peintre,
à la joie le riz buveur, noire lumière, à l’espace le rouleau de papier, cette peinture de gauche à droite, de bas en haut.
Cet espace donné en dehors de lui-même, qui ne creuse plus, ne se reprend pas,
fait de son propre oubli l’oubli du geste qui le trace et qui d’un SIGNE s’évanouit...

Comme cette série de signes se dressant dans l’imaginaire des hommes... et formant délibérément MURAILLE

Roland Buraud, Paris, le 23 mars 2004

Paru sur le site web People.com

 

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